Page 26 - Algolsheim - Bulletin Municipal
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SOUVENIRS…
Madame SCHULTZ, doyenne de notre village, nous a quitté, mais elle nous a laissé un
témoignage que nous a transmis Monsieur Charles ABRY par le biais de la Roselière.
« Quand je lui ai rendu visite, par un doux après-midi de décembre, Madame SCHULTZ,
assise à la fenêtre, dans son fauteuil, pose son tricot sur ses genoux et son visage s’éclaire d’un
sourire engageant. Et oui, Mme SCHULTZ tricote, ça fait bien quatre-vingt-dix ans qu’elle sait
manier les aiguilles, l’ayant appris en même temps que la lecture, vers six ans. Vous avez bien lu, la
doyenne a 96 ans, de bons yeux qui lui permettent de s’adonner aussi à son autre passe-temps : la
lecture. L’ouïe laisse à désirer, mais il est parfois bon de ne pas tout entendre.
Née Emma HAEMMERLE, à Volgelsheim, elle a perdu ses parents avant d’avoir la
majorité. En 1927, la demoiselle HAEMMERLE est devenue Mme Albert SCHULTZ, exploitant
agricole et futur maire, et a élu domicile à ALGOLSHEIM. Quatre enfants sont nés de cette union.
Trois d’entre eux sont encore en vie.
La jubilaire a fait toute sa scolarité primaire à l’école allemande de 1910 à 1918, mais de par
sa grand’mère qui avait séjourné durant sa jeunesse au Pays de Montbéliard, le français n’était pas
pour elle une langue étrangère. Il est à remarquer que nombre de jeunes Alsaciens issus de l’ancien
comté de Horbourg ont passé quelques temps au pays de « Moempelgard », tout particulièrement
pendant la période de 1871 à 1918 et jusqu’à la deuxième Guerre Mondiale.
Elle-même a passé un hiver en 1920 à Vesoul. Rien qu’un hiver ? », direz-vous. C’est que
les jeunes filles profitaient du répit hivernal dans les travaux agricole, pour s’engager comme
employée de maison (ça ne s’appelait pas comme ça à l’époque) afin de gagner quelques sous et d’y
apprendre un peu de français. Elle se souvient d’avoir tricoté des chaussettes pour les soldats durant
la Première Guerre, mais aussi de certaines restrictions imposées à la populations, pires que pendant
la période de 39 à 45, mais elle a entendu aussi, depuis chez elle, le canon gronder au
Hartmannswillerkopf.
Evacuée en 1939 dans le Lot et Garonne, elle a retrouvé son foyer qui n’avait pas
grandement souffert, en 1940.
En 1945, jusqu’en avril, des tirs d’artillerie ont causé quelques dégâts.
-«d’autres souvenirs, Madame SCHULTZ ?
-Peut-être, mais pour le moment, ils m’échappent».
C’est permis à son âge. Mais moi, j’en ai gardé un : celui de sa sérénité. Merci, Madame
SCHULTZ, pour ce rayon de soleil retrouvé.
Charles ABRY